Soutien aux acteurs du sport en France : mon interview pour la revue Localtis

Soutien aux acteurs du sport en France : mon interview pour la revue Localtis

Stéphane Kroemer : "Les associations sportives vont avoir beaucoup de mal à se relever"

Le sport, amateur comme professionnel, est durement touché depuis le début de la crise sanitaire.

Alors que le président de la République s'entretenait avec des acteurs du secteur ce mardi 17 novembre, Localtis revient sur l'impact du confinement pour les clubs et les collectivités avec Stéphane Kroemer, adjoint au maire de Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône) et administrateur de l'Association nationale des élus en charge du sport (ANDES).

Les mesures évoquées par Emmanuel Macron seront-elles suffisantes ?

Localtis - Quelle est la situation du sport dans les territoires en ce mois de novembre 2020 ?

Stéphane Kroemer - C'est simple, si la situation perdure dans l'état où elle est aujourd'hui, les associations sportives et le sport en général vont avoir beaucoup de mal à s'en relever. Les déficits générés par l'absence d'activité sont difficilement compensables par les aides mises en place. Les collectivités ne peuvent pas tout résoudre, on ne peut pas compenser les pertes liées au parrainage et au mécénat de la part des entreprises privées. Les gens ne retourneront pas dans les clubs tant que le problème du virus ne sera pas réglé [le CNOSF annonce une baisse de 20% du nombre de licenciés, ndlr].

Les équipements sportifs peuvent toujours accueillir des publics jugés prioritaires. Qu'en est-il des protocoles sanitaires dans ces équipements ?

Les protocoles sanitaires fonctionnaient déjà lors du déconfinement du mois de mai. C'est là que les collectivités sont le plus impliquées. La responsabilité du propriétaire de l'équipement est plus prégnante encore dans le contexte actuel. Nous nous sommes tous impliqués car certains clubs ne voulaient pas reprendre si la pratique n'était pas sécurisée. Les collectivités ont donc travaillé main dans la main avec les clubs pour mettre en place des protocoles applicables qui ont une certaine forme de bon sens, que ce soit sur la désinfection, les jauges d'accueil, la distanciation ou autre. Aujourd'hui, ces protocoles sont adaptés.

Parmi les équipements sportifs, les piscines semblent poser un problème spécifique…

Les piscines gérées en délégation de service publique (DSP) sont concernées, tout comme celles gérées en régie directe. Aujourd'hui, dans les piscines, sans recettes, soit le déficit se creuse, soit on ne peut plus financer la maintenance. Les délégataires vont se tourner vers nous à un moment ou à un autre pour dire qu'ils ne peuvent pas faire face et compenser leur manque à gagner. Les collectivités sont montées au créneau. Nous avons écrit au ministre de l'Économie et à la ministre des Sports pour leur expliquer que le modèle économique des piscines était frappé de plein fouet et solliciter une aide spécifique. 

Les associations sportives ont-elles eu ces derniers mois des demandes particulières pour faire face à la crise ?

Lors du premier confinement, nous étions sur la fin de la saison sportive et les clubs ont eu besoin de préparer la saison suivante. Il y avait un besoin de trésorerie alors que des licenciés avaient disparu. Mais nous nous sommes retrouvés au milieu de la campagne des élections municipales, qui s'est faite de manière décousue, avec des votes de budgets municipaux effectués à la fin du mois de juillet. Or, tant que les budgets ne sont pas votés, on ne peut pas verser de subventions. Les associations sportives importantes, notamment celles qui ont des salariés, nous ont demandé un coup de main. Beaucoup de communes ont fait l'effort de verser une partie de la subvention de l'année précédente, certaines ont renforcé les dotations financières aux clubs. En règle générale, les responsables d'associations gèrent en bon père de famille. Le premier confinement s'est donc plutôt bien passé. Le deuxième est plus douloureux car des licenciés ne sont pas revenus, et cela est d'autant plus problématique en fin d'exercice budgétaire pour les collectivités. La crainte est que cela dure plus d'un mois. Là, il va falloir que l'État fasse un geste. Ça a été l'objet d'une réunion tenue jeudi 12 novembre, à l'initiative de l'Andes, avec tous les acteurs du sport de façon à parler d'une seule voix pour demander plus que les 120 millions prévus pour le sport dans le plan de relance. L'État ne se rend peut-être pas compte de la situation.

Justement, ce plan de relance pour le sport, qu'en pensez-vous ?

Nous avons abordé la question lors d'une assemblée générale de l'Agence nationale du sport. J'ai proposé au nom de l'Andes de réaliser une étude pour bien identifier les besoins des acteurs du sport. On a lancé 120 millions d'euros en disant, on va faire ci et ça, une partie ira par exemple à la digitalisation, une autre partie n'est pas encore fléchée. L'idée est de corréler ces moyens avec les besoins des acteurs du bas de la pyramide qui ont peut-être des besoins différents de ce à quoi réfléchissent les cabinets parisiens. Typiquement, la digitalisation intéresse les fédérations, mais l'association lambda qui s'occupe de vingt ou trente licenciés, si elle en perd la moitié, on ne peut pas lui expliquer que c'est en mettant une application sur un téléphone que ça va la sauver. Je suis convaincu que les moyens vont s'avérer un peu justes. Lancer le "pass sport" proposé par le ministère pour inciter à la reprise d'une licence en en finançant une partie, c'est une idée à laquelle il faut réfléchir, mais avec 120 millions, on n'ira pas loin.

Quelles mesures, quels moyens faudrait-il pour soutenir davantage le sport français ?

C'est l'objet de la démarche du président de la République qui sollicite les acteurs du sport pour leur demander de quoi ils ont besoin*. C'est une démarche saine. Aujourd'hui, avec l'arrêt total du sport, et avec un sport professionnel qui continue en creusant un déficit plus qu'il ne génère de recettes, on a 120 millions pour le sport et 2 milliards pour la culture. Il y a quelque chose qui ne va pas.